Retrouver le goût de l’inattendu
Expériences20 mai 2025

Retrouver le goût de l’inattendu

Christophe André, France Inter, le 4 janvier 2022

L’inattendu est inévitable

On peut même dire que vivre, c’est s’attendre constamment à de l’inattendu. Que notre vie est la somme de tous les efforts que nous faisons pour prévoir, planifier et construire et que sur tous ces efforts s’abat régulièrement la pluie de l’inattendu.

Certains donnent à l’inattendu le nom de « hasard » ou de « destin », et chacun sait qu’il peut prendre des visages tantôt joyeux et tantôt douloureux.

L’inattendu est aussi désirable

Car les routines et les habitudes nous sécurisent, nous reposent certes, mais nous ennuient aussi, nous endorment, nous abolissent. Et l’inattendu est alors comme un piment, une épice dans la fadeur du quotidien, un pincement qui nous tire de notre somnolence face à la vie répétitive.

L’inattendu est ainsi un besoin souvent vital par la vie des groupes et surtout des couples.

L’inattendu est favorable pour notre mental

Car il nous contraint à la créativité, la flexibilité, l’ouverture, l’adaptation constante au changement de cap non planifié. Cette flexibilité a un coût, c’est le stress ou parfois l’anxiété quand la pression de l’inattendu devient massive. C’est pourquoi il est inutile d’idéaliser l’inattendu, de le présenter comme un bien en soi. Beaucoup d’entreprises, dans leur jargon si particulier, ont ainsi valorisé depuis quelques années la vertu dite d’agilité. Il faut être agile, on se demande parfois si ce n’est pas pour mieux faire avaler aux salariés un certain nombre d’incohérences, de management ou de mauvaise planification.

Malgré toutes ses vertus, l’inattendu n’est pas supérieur à l’attendu

Le dérangement de l’inattendu est le confort de l’attendu. Ce sont nos sociétés ultra planificatrices qui tentent de raréfier, d’écarter l’inattendu qui le rendent plaisant à nos yeux. Nos ancêtres aux vies beaucoup plus incertaines et menaçantes que les nôtres en avaient leur dose et étaient de ce fait moins friands que nous de l’imprévu et moins friands que cet imprévu déroule dans leur quotidien, car il prenait souvent un visage douloureux.

Les deux sont nécessaires à nos vies

Et puis une face sombre du gouffre, l’inattendu, du moins lorsqu’il concerne des événements plaisants, c’est qu’il témoigne parfois de notre moderne incapacité à attendre, de notre addiction au divertissement, au changement, à la nouveauté de notre besoin que tout nous arrive tout de suite.

Alors, pour parfaire nos équilibres intérieurs, cultivons donc aussi peut-être une sagesse de l’attente telle que la suggèrent les derniers mots du roman d’Alexandre Dumas « Le comte de Monte-Cristo » : attendre et espérer, voilà qui pourrait être un beau programme pour l’incertaine année qui vient. S’attendre à l’inattendu, espérer qu’il ait un visage clément et, surtout, continuer de vivre et d’agir aussi joyeusement et énergiquement que possible.